Crise, la solution interdite ?

Publié le par Erasme de Metz

Il y a quelques mois, Pierre Larrouturou a publié le livre "Crise, le débat interdit". Membre du PS, il est l'animateur de Nouvelle Gauche;
et un des promoteurs de "L'Appel du 2 mai 2009 pour des états généraux de l'emploi"
Le titre m'a un peu rebuté au début, même s'il s'agit en fait d'une référence au livre de Jean-Paul Fitoussi (Le Débat Interdit). Le personnage de Pierre Larrouturou m'intéresse, mais j'ai eu la paresse de ne pas lire ce qu'il écrivait ... je l'ai lu quand même.

Sincèrement, lire son dernier livre vaut le coup.

Sa thèse première est que nous ne vivons pas (ou pas seulement) une crise financière, mais une crise de productivité mal gérée et une crise de la consommation du fait d'un mauvais partage de la valeur ajoutée.
La productivité a fait un bond énorme ces denières décénies ... et nous n'avons pas adapté collectivement notre temps de travail et la vie en société à ces bouleversements.
Ceci a conduit au chomage de masse et/ou à la précarisation...et donc à un pouvoir de négociation moindre des salariés, d'où une baisse de la part des salaires ou des salaires diférés ("charges") dans le partage de la valeur ajoutée (les richesses produites).
Notez que j'ai bien dit que nous n'avons pas adapté collectivement le temps de travail, parce que vous découvrirez dans ce livre que le temps de travail a bien été réduit mais individuellement à travers le chomages ou les temps partiels: aux USA le temps de travail moyen (avant la crise) était d'environ 33h !!!!
Nous vivrions donc bien une crise profonde de nos modèles dont nous n'avons pas eu conscience à cause de l'envol de l'endettement privé. On a vécu à crédit pour soutenir une croissance que les salaires ne pouvaient plus porter.
Sans le crédit, on apprend dans ce livre que le Royaume Unis est en récession depuis 2001/2002 !!!!
En fait ce livre conduit à une conclusion: comment vivre ensemble et créer de l'emploi dans une société sans croissance (voire décroissante ... cela va plaire à SuperNo) du fait de nos fabuleux gains de productivité.
Et le mieux, c'est que ce livre propose  des solutions
dans sa seconde partie.
Il y a sans doute des critiques à apporter aux analyses et aux propositions de ce livre, mais il a de très grandes qualités:
- il est écrit dans un langage très clair et accessible
- il fait des proposition pour effectivement changer la société

Autant dire que c'est pour moi une bonne base de débat.

Le sommaire:
  • Ceci n'est pas une crise financière
  • Comme en 1930, une course de vitesse est engagée
  • La mondialisation n'est pas coupable
  • La crise écologique ne peut pas attendre
  • La croissance n'est plus la solution
  • Dégager 30 milliards de marges de manoeuvre
  • Imposer le respect de normes sociales et environnementales dans le commerce mondial
  • Négocier un traité de l'Europe sociale
  • Créer une vraie sécurité professionnelle, lutter contre la précarité
  • Tripler le budget du logement
  • Déclarer la guerre au dérèglement climatique
  • Négocier un autre partage du temps de travail, un autre partage des revenus
  • La solution interdite ?

Entretien de Pierre Larrouturou dans l'émission "Des Racines et des Ailes":

Publié dans Démocratie

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MKL 04/09/2009

@ Franck,Si vous faîtes allusion à la semaine de 4 jours, oui elle est expérimentée depuis 12 ans dans 400 PME/TPE (Mamie Nova, Fleury Michon, petits commerces, auto-écoles, restaurants, entreprises artisanales, labos de recherche, petites SSII informatiques...).Témoignage récent d'un chef d'entreprise (services de comptabilité - 200 salariés) :"Les 33 Heures en 4 jours je les ai mises en place. 10 % d'embauche. Certains (nes) ont pris le lundi, d'autres le mercredi (pour les enfants) d'autres le vendredi. Les réunions du personnel (information, formation) se faisaient le Mardi ou le Jeudi. L'encadrement parfois, si nécessaire, se réunissait un autre jour. Certaines qui étaient en temps partiel ont sauté sur l'occasion pour prendre un temps plein avec le mercredi a la maison avec les enfants . Quelques rares (hommes) ont ralé car ils disaient s'ennuyer a la maison ......... Sans doute avaient ils du mal a supporter leur femme ........(là je suis moqueur, mais c'étaient les gens les plus " fermés ", pas les plus dynamiques). Les salaires ont été bloqués 2 ans, mais avec les économies de frais de transport et de frais de garde des enfants la plupart des salariés s'y retrouvaient. Moins d'arrèts maladie (bon pour la sécu). Et même moins de frais de téléphone : 1/5 en moins .......... Plus de productivité qui nous a fait gagner des parts de marché et améliorer les résultats et les salaires (2/3 des salariés syndiqués, cela motive un patron pour discuter). Les discussions étaient parfois dures, mais franches et cela finissait toujours par un pot. Je savais que quand il y avait accord, cela suivait derrière. Alors je ne comprends pas ceux qui sont contre la semaine de 4 jours par principe. Je comprends ceux qui restent dubitatifs, car il faut l'avoir vécu pour comprendre. Je rajoute que l'on a écarté la semaine de 4 jours et demi car cela imposait des frais de déplacement correspondant a ceux d'une semaine de 5 jours, et cela aux dépens des salariés et aussi rendait plus difficile l'organisation de la vie de famille. De plus chacun (e) pouvait rallonger (un peu) certaines journées de travail et raccourcir d'autres. De même si l'employé souhaitait pour des raisons d'organisation du boulôt (impératifs de date), travailler 5 jours une semaine par mois (exceptionnellement 2), il le pouvait, et il récupérait ensuite bien sur, et cela lui permettait de faire face a des imprévus tant au boulot qu'à la maison. Il y avait bien sur des limites, suivant les saisons, les réunions de travail communes, mais le calendrier était prévu longtemps a l'avance, au mini 2 mois."Plus d'infos sur http://nouvellegauche.fr

Frank 07/09/2009





@MKL :
Je comprends ceux qui restent dubitatifs, car il faut l'avoir vécu pour comprendre.

Frank :
 
Alors je fais partie des dubitatifs.

  Pardonnez- moi d'être dubitatif, mais je fais partie d'une famille de "classe ouvrière" ici en Lorraine, j'ai ma petite expérience "familiale". Également, J'ai choisi un métier qui me permet de travailler avec des Pme/Pmi, des artisans, des grandes industries etc... J'ai la chance de les côtoyer et de collaborer avec elles donc, d’écouter, d’observer.

  Un exemple parmis tant d'autres, je reviens d'Angleterre, le system est très différent enfin je crois, je ne suis pas spécialistes en la matière. En tout cas ce que je comprends, l'essentiel, ce n'est pas le temps de travail qui est mis en avant, mais les heures sup payés. Avez-vous travaillé dans un autre pays ? Moi oui, dans plusieurs et je peux vous dire qu'a la fin du mois, mon salaire était très appréciable, je n'étais plus dans le besoin.

  Si votre salaire est supérieur, vous pouvez payer une nounou (ce qui n'est pas le cas de beaucoup de Français).

  Evidemment, beaucoup d'heures sup ne sont pas obligatoires, enfin vis a vis du patron si, c'est mieux de les faire... :) Le salaire horaire est nettement plus gros quand France et la semaine est de 40 heures minimum. Le pouvoir d'achat est ainsi plus haut, les factures à la fin du mois sont honorées. Plus de banque qui accepte le crédit pour l'achat d'une maison. Point.

  C'est la réalité, en Angleterre. Aménager son temps de travail, c'est aussi diminuer son salaire, non ? Au Luxembourg (petit pays, oui.. Mais il y en a d'autres...) mais la semaine est à 40 heures également, les salaires sont très bon (les impôts évidemment plus bas, ainsi que les charges pour le patron). Allez dire à un patron Anglais ou Luxembourgeois de réduire les heures de travail... Vous m'en direz des nouvelles.

  Je pense que le system Français doit être revu de A à Z mais surtout ne pas faire de notre Pays une sorte de machine sociale, je vois plein de personnes autour de moi, qui en bavent et qui souffrent Mr MKZ, pour finir leurs mois, pour payer leurs factures, pour payer leurs dettes, pour subvenir au besoin de leurs familles etc... Ou évidemment pour trouver un job.

Je pense qu'un simple livre ne peut tout arranger telle une baguette magique, je pense qu'il faut aussi prendre exemple sur des cas concrets dans d'autres Pays tout en conservant nos droits sociaux (Sécu, Chômage, Rsa, etc.....), oui cela va être dure.

Ne mettons pas tout sur le dos de la crise que j'espère passagère. J'espère sincèrement que la situation de notre Pays, de notre Région s'arrangera mais arrêtons d'être convaincu "de la meilleure solution". Je pense que tous les parties doivent travailler ensemble, pour le moment, ce n'est pas vraiment le cas. Mais je suis confiant en l'avenir.

Par contre petite remarque qui a son importance : avez-vous remarqué le coût de la vie dans notre Pays ??? Que voulez-vous faire avec un SMIC par exemple, même chez Aldi ou Lidl vous n’avez pas assez pour vous nourrir, payer les factures et j’en passe… Arrêtons, Stop !!!
Encore un exemple puique j’ai fais l’expérience en Angleterre (le gouvernement pendant cette crise à baisser les coûts des produits), avec 40 euros à 3 nous avons mangé à notre faim pendant 5 jours : matin, midi et soir.

Et, Je ne parle pas de toutes les charges qu’un patrons Français a droits, ni de la Tva… etc…

Bref…

Cordialement !

Frank 07/09/2009

  J'allais oublié, argggg, je ne connaissais pas ce partie "nouvelle gauche" cela veut dire qu'il y a aussi une "ancienne gauche" Monsieur MKH ? Cela m'inqiète ;)   Pourquoi pas une nouvelle droite ou un nouveau centre ? peut être aussi une nouvelle nouvelle France ? Ce qui m'a toujours impressioné, c'est lorsqu'il y a un gros problème socio-économique qui est de taille en ce moment, il y a des prophètes qui nous bassines d'idées ingénieuses... Et ce qu'il faut être méfiant ? Ou confiant ? Méditons...Frank

MKL 09/09/2009

@ FranckVous avez raison dans vos remarques sur le fait que le niveau de salaires est beaucoup trop bas en France.Ceci est essentiellement du au chômage de masse (env. 5 millions de chômeurs/rmistes) qui déstabilisent complêtement le rapport de force employeur/salarié.En effet, dans une telle situation, la négociation salariale ne se résume souvent qu'à un : "Si t'es pas content tu peux aller voir ailleurs !" Un des objectifs du concept de la semaine de 4 jours est justement d'y remédier, au moins en partie.Tout d'abord une précision, la mise en place de la S4J se fait sans baisse des bas salaires (jusqu'à 1500€ nets/mois) et avec une perte de 3% max (négociable et temporaire) au-delà.Alors imaginez le marché du travail avec 2 millions de nouveaux postes à pourvoir (estimation INSEE/Ministére du Travail basée sur l'expérimentation actuelle), les salaires ne resteraient pas longtemps à leur niveau actuel ! Je peux en parler en connaissance de cause, dans mon secteur, l'informatique de gestion d'entreprise sur gros système, il n'y a pas de chômage, il est donc assez aisé de négocier une augmentation, même actuellement, au sein de l'entreprise ou en allant voir chez un concurrent...Plus généralement, la perte de pouvoir d'achat constatée par chacun d'entre nous depuis 30 ans maintenant est due la baisse de la part des salaires dans la richesse nationale (PIB) au profit des actionnaires et du capital en général.Cette baisse est d'environ 11% depuis 1980, soit 200 milliards/an, ce qui représente 4000€/an par actif.Imaginez là aussi que chaque famille reçoive 8000€/an supplémentaires (couple dont les 2 membres travaillent), quelque-soit leur revenu ou leur temps de travail (plein ou partiel).J'en connais beaucoup pour qui cela changerait la vie !C'est ce qui devrait être la réalité en France si nous étions resté à l'équilibre de 1980 !L'objectif secondaire d'une RTT massive comme la S4J est de rétablir cet équilibre.Enfin, pour revenir à votre expérience de la Grande Bretagne, effectivement, les salaires y ont été supérieurs aux nôtres pendant quelques années, du à une forte croissance artificellement entretenue par un surendettement massif de la population, des entreprises et de l'état.On en voit les limites actuellement, avec l'effondrement de l'économie anglaise (je suis passé à Edimbourg cet été, et certains quartiers m'ont donné l'impression du passage d'un tsunami : toutes les entreprises ont disparu, tout est à louer...).http://nouvelledonne.frhttp://appeldu2mai.fr

Frank 09/09/2009





  Merci MKL pour votre réponse.
Pour info : vous êtes chef d’entreprise ou salarié ?

  Si ce dispositif « novateur » peut être mis en place et qu’un salarié conserve un salaire convenable pour vivre, alors, je dis pourquoi pas. De plus si cela permet l’embauche, je dis banco ! J’espère aussi, un jours futurs, aux heures sup payés...

  En effet, le chômage en France est affreusement haut, trop haut. Peut-être faut-il analyser aussi : les cas d’entreprises qui ont fait faillites ainsi que les entreprises qui partent dans d’autres pays. Connaître ces raisons de la part des entrepreneurs, des chef d’entreprises et ceci même si nous connaissons la réponse. Il faut tout déballer de façon claire au Peuple Français.

  Concernant les entrepreneurs et l’administration, je pourrais disserter pendant 5 ans de ce qui me choque en France. Peut-être, pour plus tard…Car, c’est vraiment très inquiétant.

  Vous savez : le ministre de l’économie (Fr) a dit aux Anglais que la France était en partie, sortie de la crise, est-ce vraiment le cas ? Je suis certain que l’Angleterre remontera la crise, les gens sont très dynamiques et bosseurs. Concernant les références, prenons également l’exemple de l’Irlande et de sa réussite avant la crise… Pour l’Angleterre, je l’admets aussi, beaucoup d’ouvriers tous domaines acceptent de travailler plus avec un salaire plus bas (avec des heures sup payées, j’insiste !) pour que leurs entreprises soient encore viables. Ce fut le cas en Allemagne, peut être encore actuellement. En France, je ne sais pas.

  Question : pourquoi le Ministère ne fait pas baisser les prix des produits alimentaires, surtout pendant la crise ? Tout remonte, rien ne baisse…
A t-il ce pouvoir ?

A.Bientôt !