Femme, donc nulle en économie ?

Publié le par Erasme de Metz

netsuke.jpegThomas Piketty a publié le texte ci-dessous dans Libération (lire ici leur dossier Femme et Pouvoir), hier. Il revient sur deux thèmes: les programmes économiques et le sexisme en politique. J'en entends ricaner ("ils sont à cours d'arguments" et patati et patata)...pas de problème, je tenais juste à soumettre à votre réflexion se texte et inciter ceux qui le voudraient à réfléchir aux préjugés qu'ils peuvent avoir...
Thomas Piketty est aussi co-signataire d'un appel à relire en cliquant ici.

sego-drapeau.gif"Ségolène Royal est une femme, donc nulle en économie ? Aussi grossier puisse-t-il paraître, ce syllogisme d'un autre âge pèse visiblement lourd dans les subconscients. A en juger par certaines réactions, nombre de commentateurs doctes et avisés ont manifestement du mal à aller au-delà de leurs préjugés machistes.
Les candidats masculins peuvent se permettre d'aligner les inepties économiques (Sarkozy) ou encore de revendiquer le vide de leur programme (Bayrou). Mais il suffit que la candidate Royal laisse un détail dans l'ombre pour que sa compétence économique soit immédiatement remise en cause. Prenons l'annonce faite par Sarkozy d'abaisser les impôts de 4 points de PIB (produit intérieur brut) au cours de son mandat. Promesse invraisemblable s'il en est, puisque même Margaret Thatcher, en dépit de ses coups de boutoir forcenés sur les dépenses publiques, n'est parvenu à les réduire que de 2 points en dix ans ! Qu'aurait-on entendu si Royal avait fait le même étalage de légèreté et d'ignorance des ordres de grandeur les plus élémentaires ? On pourrait multiplier les exemples. Le candidat UMP prétend vouloir revaloriser le travail tout en proposant de supprimer l'impôt sur la fortune acquise par héritage, et nombre de journalistes semblent hésiter à pointer cette évidente contradiction économique. De même, Sarkozy comme Bayrou semblent envisager une hausse de la TVA, en oubliant au passage que c'est ainsi que Chirac-Juppé avaient cassé la croissance en 1995, et que le moral des ménages français est plombé par la stagnation du pouvoir d'achat. Commise par la candidate, une telle erreur de diagnostic macroéconomique serait stigmatisée beaucoup plus durement.
Inversement, difficile de ne pas imputer au machisme économique ambiant la virulence des critiques adressées ces derniers jours au contrat première chance, proposé par Ségolène Royal. Et le fait que la conseillère sociale en charge du dossier ait également le mauvais goût d'être une femme (et inspiratrice d'excellentes propositions sur le service public de la petite enfance) n'a sans doute pas aidé. Que l'on reproche à ce nouveau contrat d'être encore incertain dans ses paramètres, passe encore. Il reste que la comparaison avec le CPE n'a aucun sens : alors que ce dernier concernait tous les jeunes et les mettait sous la coupe réglée des entreprises, le contrat première chance se concentre sur la petite minorité de jeunes sortis sans qualification du système éducatif et leur propose un parcours de formation en alternance. Surtout, tout laisse à penser que cette mesure ciblée aura un bien meilleur rendement économique que les nouveaux dispositifs d'exonérations de charges prônés par Sarkozy et Bayrou. L'exonération des heures supplémentaires défendue par le candidat UMP servira les insiders ayant déjà un emploi, mais sera par définition de peu d'utilité pour ceux qui en sont encore à chercher leur première heure de travail. Quand à l'exonération complète des charges pour deux emplois par entreprise, défendue par le candidat UDF, on croit rêver : applicable à toutes les entreprises quelle que soit leur taille et à tous les salariés quels que soient leur qualification et leur salaire, difficile d'imaginer un dispositif qui maximise à ce point les effets d'aubaine. Une entreprise passant de 520 à 522 salariés bénéficiera ainsi de la mesure à plein sans même s'en rendre compte. Par comparaison avec ces propositions, le contrat première chance de Royal est nettement moins coûteux et a l'immense mérite d'être beaucoup mieux ciblé et de se concentrer sur la population des jeunes sans qualification, auxquels les dispositifs actuels offrent peu d'opportunités pour reprendre le chemin de l'emploi et de la formation.
Plus généralement, la vérité est que Royal est la candidate la plus crédible pour s'attaquer au premier défi économique de la France, à savoir le déficit abyssal d'investissement dans la formation, la recherche et l'innovation. D'abord parce qu'elle est la seule à tenir les deux bouts de la chaîne en proposant à la fois de lutter contre l'échec scolaire à la racine (avec, enfin, un véritable ciblage des moyens en faveur des écoles défavorisées) et d'offrir au supérieur et à la recherche l'autonomie et la souplesse nécessaires pour figurer en bonne place dans la compétition internationale. Ensuite parce qu'elle est à la seule à pouvoir mener de concert ces réformes de structure tout en assumant l'indispensable hausse des moyens en faveur des universités (contrairement à son rival de droite, empêtré dans d'irréalistes promesses de baisses d'impôts). Avec son parcours et son programme, un candidat masculin aurait peu de chances d'être attaqué sur sa crédibilité technique. Sa victoire permettrait de sortir enfin du machisme économique hexagonal."

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Publié dans Démocratie

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E
@ Gilles57<br /> Il y a sans doute des effets de décalage des politiques publiques, mais l'avantage des 10 dernières années c'est la stabilité des gouvernements (2 fois 5 ans) ce qui gomme largement ces effets.<br /> Donc Rexecode aurait écrit en 1997 que le programme de Lionel Jospin aurait conduit à des destructions massives d'emplois, à une explosion de la dette ... la réalité a été inverse...Il faut parfois se poser des questions, l'économie est aussi affaire de volonté, de confiance en l'humain et pas de sélection naturelle.<br /> Au fait, au sujet de l'autoritarisme sur les 35 h, encore une idée reçue, le débat a été fort long et entamé par la droite et de Robien (je suis personnellent passé au 35h grâce à Robien !!) ... et c'est grâce à Aubry et Jospin que l'on a pu effectivement avoir un effet macro économique sur l'emploi au lieu du faible effet de la loi Robien (fort couteuse à l'emploi créé d'ailleurs et sans engagements pour les entreprises)<br /> <br /> @ Marc d'Héré, Th.Piketty ne parle pas que du sexisme, il parle aussi du fond des mesures. Je répète que cet argument n'est pas le seul loin de là. Mais le nier est la preuve de son existence (je sais c'est très spécieux comme argument): les écarts de salaires homme/femme, les femmes tuées par des violences conjugales, les emplois précaires et à temps partiels massivement pour les femmes, ou plus anecdotiquement les remarques des journalistes sur les tenues de Ségolène Royal, ça existe, c'est réel...on a pas à faire le tri entre les discriminations qui existent dans notre société. elles se renforcent l'une l'autre.
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F
Les opinions sont toujours meilleures quand elles vont dans le sens de ce que l'on veut penser...  J'ai toujours trouvé Piketty très bon et je continue !<br /> Quant à Ségolène à Metz hier soir elle a été très convaincante. Dommage que le service d'ordre ait empêché plusieurs centaines de personnes d'entrer et qu'ensuite l'AFP prétende que pour une fois la salle n'était pas comble ! Tous les moyens sont bons...!
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M
Piketty a déjà été meilleur.....Militant politique, et par ailleurs économiste , il reprend les arguments que Royal a toujours utilisés dès qu'elle étai en difficulté..... "Je suis victime du machisme ".....( les premiers qu'elle a d'ailleurs accusés de machisme étaient Fabius et DSK..).....<br /> Piketty essaie de trouver péniblement quelques arguments dans ce sens....Bon....Espérons qu'il fera à nouveau quelques bonnes analyses comme il sait les faire....
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N
Gilles57, tu as oublié de dire que le Pen est le fils caché de Miterrand...<br /> <br /> Un peu de sérieux : comment prouves tu que la droite a une bonne gestion, que la gauche en a une mauvaise, et que pas de bol, d'un coup les mesures de gauche produisent leurs effets par miracle des que la droite est au pouvoir et inversement? <br /> <br /> Je veux bien croire que les mesures politiques ont des effets de long terme (c'est même pour ça que la politique m'intéresse, tiens), mais pas qu'elles n'ont des effets que quand ceux qui les ont décidées ne sont plus là. <br /> <br /> Compare donc les différentiels de croissance entre la France et le reste de l'EUrope, sous la droite et sous la gauche. Si tu réussis à trouver edes résultats parlants, et étayés par une vraie méthodologie, chapeau...<br /> <br /> Rexecode, nous dis tu, est indépendant. Bien sur, il est indépendant, mais financé par les entreprises (qu'il ne sfait pas un mystere de servir) et son président a des relations avec l'actuel gouvernement. Si je te dis qu'un syndicat type CGT n'est pas de gauche, tu vas hurler de rire, non? Eh ben à ce moment là j'ai le droit de rire quand tu me dis que Rexecode est indépendant. <br /> <br /> Là encore, la question c'est celle de la méthodologie : quelles mesures retient-on dans les programmes des candidats (car rexecode dit clairement ne pas toutes les avoir prises en considération), quelles hypotheses de croissance fait-on, quel modelle économique retient-on, etc?<br /> <br /> Mais la droite est sérieuse et la gauche dispendieuse, pardon, j'oubliais ton postulat de base...
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G
"Trépigner de rage" ?   pas vraiment à voir les sondages je ne suis pas plus inquiet que ça...!!!! Par contre à gauche c'est la panique depuis des semaines......Mais on sait qu'il est interdit de parler au PS. Tiens une info, les militants PS des environs de Longwy, Briey n'imagine même pas la présence de Mme Royal au 2ème tour....Et ils en parlent ouvertement.....A méditer !! (ce sont des faits..)<br /> Des études d'organismes indépendant montre le désastre d'un programme économique socialiste. Une baisse des emplois, hausse de la dette.....(Voir étude Rexecode)<br /> Je confirme qu'il n'y a pas de présence soutenu des "éléphants" du PS. Il font le minimum syndical. Pour finir nous avons vu les grands résultats de Mr Jospin, mais il faut toujours un peu de réactivité dans les conséquences de mesures économiques. Je pense qu'il a profité de la bonne gestion de la droite du début du mandat de Chirac.....et qu'après nous avons subit les conséquences de Jospin. Application autoritaire des 35 heures, destruction d'emploi dû au 35 heures, pas de financement des mesures de décentralisation, et le "must" présence de Le Pen au 2ème tour de 2002. En effet c'est un beau bilan que celui de Jospin. Les Français ne se sont pas trompé et on fait comprendre au PS que Jospin a eu un beau bilan. <br />  <br />  
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