Un appel

Publié le par Erasme de Metz

Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, Jean-Yves le Drian président PS de la région Bretagne, Jean-Pierre Mignard avocat, Joël Roman éditeur, Christiane Taubira députée PRG


Aujourd'hui, nous sommes tristes, mais nous ne nous laisserons pas aller à maudire le peuple français, ni à souhaiter le pire pour notre pays.
Un immense espoir vient d'être déçu. Nous respectons le verdict du suffrage universel et nous espérons que l'ivresse de la victoire ne conduira pas le vainqueur à mettre en oeuvre une politique de brutalisation de la société.
Mais nous sommes aussi conscients que personne ne peut s'exonérer de la défaite de Ségolène Royal et prendre la candidate comme bouc émissaire de ses propres insuffisances. Sans doute des erreurs ont été commises. Mais la timidité gauchiste envers la perspective du gouvernement, la rigidité et la suffisance socialiste, la pusillanimité du centre sont les principales causes politiques de cette situation.
Les premiers ont entretenu la suspicion sur la candidate socialiste. Les seconds, en s'accrochant à un projet socialiste davantage fait pour reconstituer l'unité du parti que pour offrir à leurs compatriotes un projet social-démocrate crédible, ont rendu impossible l'ouverture exigée. Les derniers enfin, en refusant d'appeler clairement à une alliance avec la gauche, ont sapé les bases de la nouvelle orientation politique qu'ils disaient vouloir construire.
Malgré ces obstacles, Ségolène Royal a su incarner un espoir collectif immense. Aussi est-elle la mieux qualifiée pour poursuivre la construction de ce rassemblement nouveau qui devra s'affranchir des limites constatées durant la campagne présidentielle.
 
Ce qui s'est esquissé à chaud, avec des atermoiements et à demi-mot dans la campagne d'entre deux tours de Ségolène Royal, doit être désormais repris, travaillé, prolongé et assumé.
Les Verts doivent sortir de leur culture d'isolement et de leur paralysie interne, pour comprendre que les enjeux qu'ils portent sont compris bien au-delà de leur cercle et perçus comme cruciaux par une majorité de la population.
La gauche antilibérale doit sortir de l'impasse dans laquelle l'a conduite tout refus pratique de gouverner.
Le Parti socialiste doit poursuivre la mutation désormais entamée et assumer clairement l'option sociale-démocrate qu'il a su esquisser durant cette campagne : accepter une mondialisation contrôlée qui puisse devenir, à l'instar de nos partenaires européens, une opportunité et pas seulement une menace.
Le centre doit rompre son alliance historique avec la droite, qui l'a trop souvent conduit à oublier qu'il était porteur d'un message de cohésion sociale et de vitalité démocratique. Si le nouveau parti de François Bayrou refuse d'être une UDF vassalisée par Nicolas Sarkozy, il ne peut avoir d'espace politique qu'au sein d'une nouvelle alliance avec une gauche elle-même rénovée.
 
Cette nouvelle alliance doit proposer un projet politique commun, fondé sur la perspective d'une société pacifiée, et non celle d'une société divisée ; celle d'un engagement européen renouvelé et ouvert, et non d'une concession faite du bout des lèvres à des partenaires qu'on méprise ; celle d'une société qui assume le marché et le libre-échange, mais qui n'y réduit pas la totalité des rapports sociaux ; bref, une société qui regarde l'avenir avec confiance, et non une société qui prône la méfiance de chacun envers ses voisins.
 
Le débat politique de cette élection présidentielle a esquissé de telles convergences : sur la réduction nécessaire de la dette publique, sur l'efficacité de services publics renouvelés, sur le soutien aux plus démunis, sur la prise en compte résolue des menaces qui pèsent sur la planète et sur notre développement (énergie, réchauffement climatique, eau), sur l'idée d'une sécurisation des itinéraires des travailleurs conciliable avec la mobilité qu'ils peuvent souhaiter et qui est nécessaire aux entreprises, sur une perspective de croissance fondée sur l'investissement dans la formation, la recherche et l'économie de la connaissance, sur la définition d'une société ouverte et solidaire, et donc sur des valeurs qui rassemblent, qui réunissent, et qui pacifient.
 
Le Parti socialiste a besoin d'alliés, non de vassaux auxquels il concède quelques circonscriptions pour entretenir l'illusion du pluralisme, tandis que ceux-ci tiennent un double langage en étant parfois tentés de confondre autonomie et irresponsabilité. La France a besoin d'une nouvelle coalition analogue à la coalition italienne de l'Olivier, où chacun trouve sa place. Pour cela il faut rompre avec le couperet majoritaire, véritable laminoir de la diversité politique du pays. Certes, le scrutin majoritaire est nécessaire pour obtenir des majorités stables : mais la maturité démocratique exige qu'une part significative de proportionnelle soit instaurée pour que toutes les formations politiques significatives soient représentées au Parlement, même celles qui ne nous plaisent pas ­ leur inscription dans le jeu politique et leur confrontation aux véritables enjeux de la société est aussi à ce prix.
 
Dans l'immédiat, des accords de désistement ou, parfois, des circonscriptions réservées doivent permettre de sceller cette alliance. Les élections législatives peuvent être l'occasion d'une nouvelle mobilisation collective, pourquoi pas victorieuse, au moins capable de constituer une opposition forte.
 
Ne laissons pas perdre les acquis de cette campagne présidentielle, ne laissons pas perdre l'élan qu'a su insuffler à cette campagne Ségolène Royal, et le renouveau qu'elle incarne, ne nous laissons pas gagner par le découragement, regagnons l'espoir.

A lire aussi l'analyse de Michel Wievorka (cliquez ici)
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Publié dans Démocratie

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D
En clair, ce texte appelle la gauche à devenir de droite... Pitoyable.
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E
 @ Emmanuel V<br /> Tu as peut-être raison. Certainement sur le point d'avoir plus de simplicité (ce qui n'exclut pas d'expliquer et de proposer simplement des choses par définition complexes) ... et c'est sans doute une des erreurs de la campagne (trop complexe et pas assez précis, indépendemment de ce que l'on pense du fond)<br /> Pour les deux forces, je reste très dubitatif (sans certitude); Je penche plus pour une social-démocratie écologiste et altermondialiste !!!!<br /> Dans ma tête je ne vois aucune incompatibilité entre une grande partie des votants UDF humanistes, le PS, les Verts et une grande partie des alters....c'est peut être un peu naif, mais je t'assure que ça cohabite très bien dans ma tête...j'ai juste un peu de mal à exprimer simplement des ides peut-être trop complexes pour moi !!!
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E
@Erasme<br /> Oui et non.<br /> Oui car la société est complexe.<br /> Non, car, à mon sens, il faut faire simple. Ce qui ne veux pas dire simpliste.<br /> Reformer et réformer, vraiment, les deux grands courants de la gauche simplifierai la lecture politique. Le PS doit nous dire clairement ce qu'il nous propose. Et pour celà il faut une idéologie et un leader. <br /> Si ces deux points n'émergent pas d'ici un an (Sarkozy venant de nous démontrer qu'on ne fait pas une campagne présidentielle à l'arrache en 6 mois), je ne suis pas sur que le PS soit plus audible en 2012 qu'en 2007.<br /> Celà veut dire aussi qu'un des deux courants doit laisser les coudées franches à celui qui emportera la place de chef de file.<br /> Et ce qui ne veut pas dire changer les mots, mais proposer, réellement, un contenu crédible. C'est à dire, pour commencer, arrêter de s'engueuler (pour la place de chef... et le reste). Ce qui semble mal barré car, mais je me répète, c'est ce que fait le PS dans sa conformation actuelle depuis 10 ans.
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E
@ Emmanuel V<br /> je conviens que le manque d'adhésion à Ségolène Royal est problématique, mais peut aussi relever de la prophétie autoréalisatrice (ses petits camarade ne cessant de répéter qu'elle est nulle, sans arguments la plupart du temps, il ne faut pas espérer un enthousiamse fou ..... ).<br /> Il faut sortir de ce jeu idiot qui la consuit aussi à s'isoler d'eux pour s'affimer (je ne sais qui doit faire le premier pas, mais DSK a raté une occasion de se taire et a choqué bon nombre de personnes qui l'admirent -admiraient?-...)<br /> <br /> Quant au baza idéologique, je ne peux que vous renvoyer que vers un livre comme la Nouvelle Critique Sociale (République des Idée)<br /> A mes yeux ce bazar n'est que le reflet d'une modification, complexification de notre société, que l'on cherche à faire rentrer dans des cases pas adaptées (socialisme, social-démocratie, anti-libéralisme....je défie d'ailleurs quiconque de donner une définition de ces termes, une définition unique).<br /> Donc à mes yeux, il n'y a pas bazar mais recherche et on ne recherche pas chacun dans son coin...et dans l'état actuel de notre maturité, il vaut encore mieux s'engueler au sein d'un parti que de créer chacun son parti (voir le superbe résultat de la gauche de la gauche).<br /> Créer des nouveaux partis ne résoudra pas le problème ... ce n'est pas Jaurès qui a dit "quand on n'a pas de solution, on change les mots"  (de tête, par avance merci pour les corrections)
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E
@Erasme<br /> Je réponds à l'envers.<br /> Je suis tout à fait d'accord avec vous pour dire qu'un responsable ne doit pas abandonner au premier coup de vent. Concernant S Royal il faut, c'est vrai aussi, reconnaitre ce qu'elle a fait depuis 6 mois.<br /> Néanmoins, il faut aussi se poser la question du nombre de bulletins Royal dont le seul but était de contrer Sarkozy, et non pas d'adouber la candidate socialiste ou le PS. Il faut aussi se souvenir pourquoi elle été désignée candidate. Il faut se souvenir qu'elle n'a jamais pris de responsabilité dans la direction centrale du PS. Il faut reconnaitre que le programme présidentiel du PS n'en était pas un, surtout face à Sarkozy. Pas sur d'ailleurs que quelqu'un d'autre aurait fait mieux qu'elle.<br /> Pourquoi ?<br /> Parce que la ligne du PS n'est pas claire. Et ce depuis plusieurs années. Emmanuelli et Strauss-Kahn sont dans le même bateau, pourquoi s'étonner que la barque prend l'eau ?<br /> Dimanche soir, DSK dégaine. Emmanuelli, féroce gardien de l'orthodoxie socialiste, lui répond séchement le lendemain matin en venant au secours de Royal qui a tenter pendant 15 jours de draguer les électeurs centre-droit de Bayrou.<br /> Qui peut comprendre ça ? Qui peut voter pour un tel bazarre idéologique ? Qui peut s'en remettre à un tel désert de leadership ?<br /> Si le PS ne choisit pas, la droite ne l'attendra pas. Laissons les deux courants légitimes de la gauche se développer, pour gagner ensemble dans 5 ans. Et arrêtons les dicours lénifiant sur la défaite pleine d'espoir du 6 mai.
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