Quelques réflexions sur une défaite
On peut disserter pendant des heures sur la prévisibilité ou non d’une défaite, sur la droitisation ou non d’une campagne. J’avoue que cela reste assez mystérieux pour moi, je dirais même un peu vain… j’avoue cependant succomber parfois à ces délices…reste que ce genre de débats n’ont jamais permis de faire émerger des conclusions si on ne part pas d’une analyse des faits, de la Connaissance (avec un grand C et des petites lettres après…).L’Humanisme de la Renaissance s’est appuyé sur les textes Antiques, sur une analyse critique des textes religieux, Le Siècle des Lumières s’est appuyé sur l’Encyclopédie
Alors revenons aux faits, en l’occurrence, un sondage « sortie des urnes » d’IPSOS (d’accord, c’est moins glorieux qu’Aristote ou Voltaire …mais on a plus de sondeurs que de Voltaire de nos jours !) :
Que découvre t’on ?
Que Ségolène Royal est majoritaire chez les moins de 60 ans (51%), et que Nicolas Sarkozy ne doit donc sa victoire qu’à un vote massif des plus de 60 ans (à environ 65% !).
On est donc loin de l’adhésion d’une France qui se lève tôt pour aller au travail…
La France du travail (et du chômage, et de la précarité…) a voté Ségolène Royal.
On est donc loin de l’adhésion massive à un projet de société nouveau.
Quelles sont les caractéristiques de cette génération des plus de 60 ans :
- une génération marquée par la seconde Guerre Mondiale
- un rejet de Mai 68, une sensibilité plus marquée aux incivilités, aux évolutions de notre société
- une vision de la femme, peut-être un peu traditionnelle….
- Une génération qui s’informe massivement à travers la presse quotidienne régionale (au point d’en constituer une part très significative du lectorat…et donc l’une des causes de son déclin), et la télévision
- mais plus important encore, une génération qui a bénéficié à plein des dispositifs
de retraite et de la croissance économique des Trente Glorieuses (1945-1975) : c’est la première génération de retraités à avoir un revenu supérieur aux actifs qui les suivent (depuis le début des années 90), aux retraités qui les ont précédés et aux retraités qui les suivront. (voir les éléments statistiques dans "La nouvelle critique sociale" publié par la République des Idées…).Il est donc tout à fait possible de tirer quelques matières à débat :
- Une génération n’a t'elle pas joué ses intérêts contre celle d’autres, une génération qui est globalement bien insérée et la plus grande bénéficiaire de notre Etat-Providence (ceci est bien sur statistique, n’est pas un jugement moral et ne retire rien à la somme de travail et d’investissement qu’a réalisé cette génération pour les générations qui la suive)
- Il est clair par contre que Nicolas Sarkozy en a joué (on peut cependant et perfidement se demander si cette génération qui l’a soutenu ne sera pas la première perdante, après les plus fragiles, d’une politique de baisse d’impôts, de franchise médicale et de remise à plat des systèmes de retraite …)
- Fallait-il que la gauche refuse d’investir une femme (saluons le fait que pour les moins de 60 ans, ce verrou a sauté), joue encore plus le sécuritaire, l'autoritarisme (que n’a t’on pas déjà entendu contre Ségolène Royal), sous prétexte que la fin justifie les moyens ?
- Ne doit-on pas admettre cependant que nous n’avons pas su rassurer cette génération, que nous n’avons pas su jouer de la presse quotidienne régionale et de la télévision ?
Peut-être y a t’il là quelques pistes pour les 5 semaines à venir…
Et si Nicolas Sarkozy n’était finalement que le dernier président de la Vième République, un remous du passé, un passé glorieux et respectable, mais un passé malgré tout .. et si tout était à construire et que Ségolène Royal avait mis quelques pierres de fondations…d’où son discours et son énigmatique sourire
PS : à suivre un article qui affine l’analyse parce que pour les moins de 60 ans, c’est un peu plus complexe que la vision moyenne, mais la sociologie va nous aider…
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