Montée des mobilités et nouvelles inégalités
Pour apporter de l'eau au moulin du commentaire de Fabrice à mon article Metz 2.0, vous trouverez ci-dessous un extrait d'un article co-écrit par Pierre Veltz et Laurent Davezies sur le lien entre montée des mobilités, des trajets à faire, et la montée de nouvelles inégalités.Cet article était paru dans le journal le Monde et repris dans le livre de la République des Idées: "la Nouvelle Critique sociale". Vous pouvez lire cet artcicle dans son intégralité sur le site de Pierre Veltz (cliquez ici pour l'article "Nouvelles Mobilités, Nouvelles Inégalités").

A noter que Pierre Veltz est lorrain (voir la fiche wikipedia de Pierre Veltz).
Pour l'élaboration d'une politique municipale, on constatera donc que faire des choix de transports urbains a aussi des conséquences sur la réduction ou l'accroissement des inégalités.
Par ailleurs, il y est souligné dans l'article que l'évolution des mobilités a aussi un impact sur la manière dont les partis politiques doivent travailler .... à méditer en période de rénovation...
"Montée des mobilités et nouvelles inégalités
Parmi les inégalités vécues dans le rapport au territoire, l’une des plus importantes est celle qui a trait aux mobilités. Mobilités intra-urbaines d’abord : les « perdants » sont ici d’un côté les immobiles que l’exclusion sociale et économique assigne à résidence et, à l’autre bout, les hyper-mobiles qui paient le prix fort de la périurbanisation. De 1960 à 1990, la mobilité des Français a explosé : les distances parcourues en moyenne par an et par personne ont triplé (les vitesses aussi ont très fortement augmenté, si bien que le temps moyen de déplacement urbain dans les grandes agglomérations est assez stable). Mais entre le cadre parisien, par exemple, qui dispose du vélo et du métro, et l’employé ou le cadre moyen de banlieue, condamné à l’automobile et qui consacre sans toujours bien le mesurer une part de son budget 4 à 5 fois supérieure aux transports quotidiens, l’écart s’est creusé. Cette mobilité croissante change profondément la nature des rapports au territoire vécu. Le temps n’est plus où les voisins étaient aussi les collègues de travail, les amis, etc. Désormais, nous vivons presque tous, à des degrés certes très divers, dans la multi-appartenance territoriale. Les communes périurbaines, en particulier, connaissent un véritable éclatement des sphères de vie des habitants. C’est un immense changement qui a des effets profonds sur les structures sociales intermédiaires, comme les syndicats ou les partis politiques dont la fréquentation reposait aussi sur l’unité de lieu entre la sphère du travail et les autres sphères. Et c’est un grand défi pour la démocratie urbaine. Car nous ne votons que là où nous dormons : c’est la « république du sommeil », comme dit Jean. Viard.
Mais les mobilités urbaines, surtout subies, ne sont pas les seules. Les déplacements à longue et moyenne distance, souvent choisis, croissent désormais beaucoup plus vite que les mobilités locales.
Ceux qui bougent le moins dans la ville sont d’ailleurs ceux qui bougent le plus hors de la ville, la mobilité totale étant grosso modo constante, à revenu donné. Le parisien intra-muros, par exemple, avale en moyenne 4 fois plus de kms en déplacements de longue distance qu’en déplacements urbains, et, au total, il se déplace autant que le Francilien de grande couronne, en consommant probablement plus d’énergie (selon les travaux de Jean-Pierre Orfeuil et de Danièle Soleyret) ! On assiste ainsi au découplage progressif des lieux de consommation et des lieux de résidence, des lieux où s’effectue la dépense et des lieux où se crée le revenu. Si l’on tient compte aussi des mobilités résidentielles à l’âge de la retraite, très importantes, on voit se dessiner une sorte de redistribution « privée », qui joue surtout en faveur des régions bien dotées par la nature et qui renforce les effets de la redistribution publique (par le biais des salaires publics, de la dépense publique en général, des revenus sociaux divers). Le résultat est que nous ne sommes plus dans la situation des années 1950 ou 1960, où le revenu des territoires dépendait essentiellement de la production marchande locale. Une révolution silencieuse a transformé la « machine économique territoriale », qui repose désormais sur un énorme écheveau de flux de revenus et de dépenses extrèmement intégrés au plan national."
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