Régimes spéciaux: quelques clefs pour comprendre

Publié le par Erasme de Metz

netsuke.jpegFace à une simplification du débat sur les régimes spéciaux et à l'approche d'une grêve probable, je me permets de reproduire un article de Henri Sterdyniak, Directeur du département économie de la mondialisation à l’OFCE. Cet article me semble assez clair (j'y ai ajouté quelques commentaires en gras ou souligné des phrases importantes pour me donner bonne conscience). Cet article est en ligne sur le site de l'Observatoire des Inégalités.
Entendons nous bien, il n'est pas dans mon propos de dire qu'il ne faut rien faire (ce n'est d'ailleurs pas le propos des syndicats si on veut bien y regarder de plus près), il s'agit juste de souligner que comme tout problème, c'est un peu plus compliqué que ce qu'on pense et que cela dépend de la manière de le regarder....
Bonne lecture

Les régimes spéciaux de retraite sont une survivance de notre histoire sociale. Le régime général était peu généreux à sa création en 1945, de sorte que les entreprises où existait un système de retraite plus favorable n’ont pas voulu y adhérer. L’écart s’est ensuite réduit, puisque les salariés du secteur privé ont bénéficié de régimes complémentaires. La disparité entre salariés du privé et du public s’est de nouveau creusée en juillet 1993 lorsque Edouard Balladur réforma le seul régime général ; depuis 1996, des ajustements successifs ont dégradé le niveau des retraites des régimes complémentaires. Comment corriger l’écart ainsi créé entre les retraites du privé, celles de la fonction publique (partiellement réformées en 2003) et celles des régimes spéciaux ?

Les régimes spéciaux ont versé, en 2006, 13,2 milliards d’euros (soit 6 % des retraites). Ils comptent 478 000 cotisants pour 1,13 million de bénéficiaires. Leur ratio démographique est particulièrement dégradé : 1 cotisant pour 2 bénéficiaires (contre 0,64 dans le régime général).

N’ayant pas été reformés, ils conservent une durée de cotisation requise de 37,5 années (sans décote, ni surcote), une pension de 75 % du dernier salaire indiciaire et l’indexation des retraites sur les traitements. Certains salariés peuvent partir à la retraite à 50 ans (agents de conduite SNCF ou RATP) ou 55 ans (services actifs des industries électriques et gazières (IEG), service de maintenance à la RATP, SNCF). Surtout, les postes pénibles donnent droit à une bonification de durée de cotisation : les conducteurs ont une bonification de 1 an tous les 5 ans à la RATP, de 1 an tous les 4 ans à la SNCF (30 années de travail comptent pour 37,5 années de cotisations).

En sens inverse, ces entreprises ne licencient guère, n’ont pas recours aux préretraites ou aux Dispenses de Recherche d’Emploi (note Erasme: par ces dispositifs les entreprises privées reportent sur les assedics le financement de préretraites et de plan sociaux, je n'ai pas d'estimation du poids financier de ceci mais il est très porbablement très lourd si j'en crois mon expérience professionnelle). L’âge moyen de fin d’activité est de 55,5 ans pour les IEG, de 55 ans pour la RATP et la SNCF, contre 57,5 ans pour le régime général. L’écart n’est que de l’ordre de 2 ans. A titre de comparaison, notons qu’il existe un congé de fin d’activité pour les chauffeurs routiers (à 55 ou 57,5 ans) ; l’âge moyen de départ à la retraite de cette profession est de 56 ans.

Le déficit des régimes spéciaux à la charge de l’Etat atteint 5 milliards en 2007 (0,5 milliard pour la RATP, 2,5 milliards pour la SNCF, 0,8 milliard pour les mines, 0,7 milliard pour les marins, …), mais il tient beaucoup à la structure démographique des régimes. Sans réforme, compte tenu de l’évolution démographique, le déficit en pourcentage du PIB devrait rester stable jusqu’en 2020 (à 0,3 %), puis diminuer jusqu’à 0,2 % en 2040. Le coût des avantages spécifiques des régimes spéciaux est délicat à évaluer. Il serait de l’ordre de 650 millions par an à EDF-GDF, 500 millions par an à la SNCF, 200 millions à la RATP, soit 2 milliards au total. (Note Erasme: le déficit des régimes spéciaux est donc majoritairement du - 3 milliards - au déséquilibre démographique et non aux avantages spéciaux)

La réforme ne peut toucher les personnes déjà à la retraite. Ne sont donc concernés que les futurs retraités, relativement peu nombreux. Au mieux, la réforme permettrait un gain de 200 millions la première année, qui pourrait atteindre 1 milliard en 5 ans, 2 milliards à terme. Aussi, l’enjeu financier est-il faible.

La question de la réforme se pose donc pour des raisons d’équité et de symbole. Un système basé sur la répartition, et donc sur la solidarité nationale, doit être le plus unifié et homogène possible. Ceci ne signifie pas que tous les régimes doivent être alignés sur le moins favorable. Il faut un examen d’ensemble pour aboutir à un compromis social fructueux, qui devrait reposer sur sept points de négociations.

1) Les travailleurs du privé n’ont actuellement aucune garantie quant à l’évolution du taux de remplacement, puisque les réformes des régimes complémentaires aboutissent, année après année, à réduire le taux de remplacement alors que celui-ci est stable dans le public (Note Erasme: on note un retour de la pauvreté chez les personnes âgées et /ou à la retraite après des années d'améliorations). L’Etat et les partenaires sociaux devraient s’engager à maintenir un taux de remplacement satisfaisant pour une carrière complète.

2) Il faut prendre en compte la pénibilité du travail dans le privé comme dans le public. Les négociations entre partenaires sociaux prévues par la loi de 2003 n’ont toujours pas abouties ; elles devraient étendre le système de bonification à tous les travaux pénibles.

3) Il faut une réflexion globale sur les métiers qui ne peuvent se prolonger au-delà de 50 ou 55 ans. Il faut organiser une reconversion à 50 ans ou maintenir le principe d’une retraite précoce.

4) Il faut laisser une certaine marge à la politique de l’emploi des entreprises. Il n’est pas choquant que, dans la fonction publique et les grandes entreprises publiques, la retraite dépende du niveau hiérarchique atteint si cet avantage est pris en charge par l’entreprise ou est compensé par des salaires plus faibles (note Erasme: là je dois être fatigué car je ne comprends pas)

5) La question des régimes d’entreprises doit être posée. Les avantages fiscaux et sociaux des dispositifs utilisés ne sont-ils pas eux aussi contraires à l’équité ? (Note Erasme: dans certaines entreprises privées, il existe des systèmes de retraites complémentaires financés par l'entreprise en particulier pour les cadres dirigeants .... c'est sans aucun doute le prochain chantier de réduction des injustices que portera notre président :-)

6) La stratégie pour l’emploi des 55-60 ans doit être résolument prise en charge par les partenaires sociaux. Il reste encore 670 000 préretraités ou DRE… Il n’y a pas que dans les entreprises publiques que l’emploi s’arrête à 55 ans (note Erasme: cf ma note ci dessus ... dingue je me cite déjà)

7) Enfin, la gouvernance des retraites doit être revue. Un système unifié suppose une négociation globale, avec l’ensemble des acteurs. On ne peut imposer au système public le résultat des négociations des partenaires sociaux du secteur privé.

Henri Sterdyniak, Directeur du département économie de la mondialisation à l’OFCE. Texte extrait de Clair et net, publication Internet de l’OFCE

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Publié dans Economie et Social

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E
merci à tous pour vos commentaires, qui soulignent que si on cherche bien nous avons tous un régime spécial .....
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I
a varg veummerci pour vos appréciations.je crois toutefois devoir ajouter que si effectivement les ministres des cultes d'alsace moselle ne représentent que 1 405 actifs et 820 pensionnés ,... ceux  de la Comédie française ne représentent que 336 actifs et 341 pensionnés  et ces derniers  eux sont soumis à la réforme de leur régime spécial de retraite.C'était un simple complément d'informations.
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V
Merci pour ton article ! Malheureusement comme toute analyse précise il est moins accessible que le liquide prédigéré quicoule dans les médias de masse ;)Viens donc jeter un oeil aux derniers articles que j'ai publié et y laisser tes impressions...Concernant l'Alsace Moselle, il n'y a tout simplement pas eu de séparation Eglise/Etat, c'est donc comme "avant " dans ces département. MAis je doute que 820 retraités pèsent dans les finances de l'état, regardons donc plutôt du côté des militaires, députés et autres "VRAIS" privilégiés comme le relève "informations pluralistes". Ne vous trompez pas d'ennemis. Plus vous croirez czlui qui vous monte les uns contre les autres, plus vous chargerez...
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I
on me signale :que le régime spécial des  militaires ne sera pas réformé par le gouvernement actuelque les membres des conseils économiques et sociaux bénéficient d'un régime spécial des retraites proche des parlementairesque les principaux dirigeants des grandes sociétés privées bénéficient des "retraites chapeau" qui sont un complément de retraite dont le versement est étalé pendant toute la durée de la retraite du bénéficiaire ( exemple : daniel bernard ancien PDG de Carrefour perçoit 40% de son dernier salaire  sans jamais avoir cotisé )qu'à priori les ministres du culte d'alsace moselle qui viennent de voir leur rémunérations augmentées alors que les fonctionnaires ne l'ont pas été ne seraient pas concerné par la remise en cause de leur régime spécial de retraite.Merci Monsieur sarkosy pour l'équité de traitement dont vous faites preuve par rapport aux différentes catégories de français .
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I
le régime spécial des retraites du clergé d'alsace moselle  est-il remis en cause par le gouvernement  ? car au vu des chiffres ci-dessus , c'est celui avec les parlementaires à être le plus bénéfique pour les intéressés .le gouvernement va avoir du mal à justifier l'équité si ce régime reste en l'état , sauf à conserver les autres ,  ...  voir également peut être le régime des retraites  des militaires et du monde paysan ?on commence à comprendre pourquoi le gouvernement ne veut pas de négociations globales mais par secteur d'activité !
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