La carte scolaire, ou rien n'est simple
La carte scolaire a été mise en place pour permettre la mixité sociale. Le principe d’une affectation des élèves en fonction de leur lieu d’habitation a été retenu.
Malheureusement, un certain nombre d’évolutions de la société font ressembler de plus en plus cette carte à la ligne Maginot : les troupes ennemies de la mixité et de l'égalité des chances l’ont contournée.
Quelles sont ces évolutions ? On peut citer :
- la réduction de la mixité sociale au niveau des villes ou des quartiers avec le développement des zones périurbaines pavillonnaires, des centres villes aux prix élevés et la concentration des difficultés sociales (chômage…) dans les quartiers dits sensibles : le paysage urbain s’est transformé en une succession de ghettos sociaux et l’affectation selon le lieu du domicile ne fait dès lors que reproduire ces ségrégations
- les déplacements domicile-travail qui ont explosé, si bien que le lieu pertinent d’affectation des enfants n’est plus nécessairement le lieu du domicile, mais peut-être celui du lieu de travail ou le domicile des personnes qui gardent les enfants
- la faiblesse ou l’inadéquation des moyens accordés à l’éducation nationale dans les zones les plus difficiles alors que des études viennent confirmer que la réduction du nombre d’élèves par classe est très importante pour redonner une égalité des chances pour les populations les plus fragilisées
Le résultat de ces trois phénomènes est
- Un contournement massif de la carte scolaire par les catégories sociales à fort revenu ou à fort niveau de qualification : 30% des élèves contourneraient la carte scolaire : il s’agit de ceux qui peuvent et savent la contourner.
- Un développement de l’enseignement privé.
Peut-on se satisfaire d’un tel constat ? Non
Doit on supprimer le principe d’une carte scolaire ? Non
Les solutions sont elles simples ? Non, mais cela n’interdit pas d’être volontaire.
- L’objectif de réintroduire de la mixité dans l’habitat, faire appliquer le taux de 20% de logement sociaux est un axe majeur mais qui donnera des fruits à long terme
- Le renforcement des moyens de l’éducation nationale est incontournable…mais c’est à moyen terme
- Le développement de structures d’accueil, en lien avec les établissements scolaires, pour les enfants hors des heures de classe en est peut-être un autre pour corriger l’impact des déplacements domicile-travail et redonner des marges de manœuvre aux parents
- Une régulation explicite et volontaire des dérogations est très certainement un levier fort à court terme pour qu’un mérite républicain prime sur la reproduction des élites, un choix pour tous et pas pour quelques uns (à l’instar des démarches volontaires de Science Po’ ou des classes préparatoires du Lycée Henri IV à Paris)
- Enfin l’intégration de l’enseignement privé à la carte est à poser.
A débattre.
Tout se tient comme le dit Ségolène Royal. Aucun des problèmes auxquels doit faire face la société française n’a de solution simple et unique. Notre société est devenue trop complexe.
Il n’y a que deux philosophies politiques qui apportent des réponses simples : l’ultralibéralisme (tout le monde se débrouille) et les totalitarismes (je choisis pour vous, je planifie tout, je cadre tout).
Personnellement ni l’une ni l’autre ne m’intéresse : je préfère le complexe et la solidarité.