Pourquoi Ségolène Royal plutôt que François Bayrou ?
Pourquoi Ségolène Royal plutôt que François Bayrou ?Parce qu’elle est de gauche, mais c’est un peu court à un moment où ces clivages se brouillent, ou plutôt qu’ils existent, mais que nos concitoyens ne veulent plus en entendre parler.
François Bayrou reste pour moi un mystère, plutôt sympathique mais un mystère quand même.
J’ai donc bien pris soin de le regarder jeudi 15 février au soir sur France 3.
Une chose qui me chiffonne c’est l’ambiguïté entretenue dans son discours entre " on n’est pas d’accord mais on peut travailler ensemble " et " je dépasse le clivage droite / gauche ". Ce dernier point est en général l’apanage des sociétés totalitaires, non que je soupçonne François Bayrou de vouloir entamer une carrière de dictateur mais parce que l’enfer (appelé aussi communication politique) est pavé de bonnes intentions.
Sur le fait de pouvoir travailler ensemble, quelque soit le bord, je ne peux que souscrire, mais une plus grande constance dans l’équilibre droite/gauche par le passé (au lieu d’un ancrage à droite très marqué) aurait donné plus de crédibilité à son discours
Lors de l’émission, ce qui m’a frappé aussi c’est son côté " à chaque problème, une solution " (que l’on peut travailler ensemble …voir ci-dessus), comme si la société était une machine à réparer et pas un ensemble de gens, nombreux, aux liens complexes …. Ce qui implique qu’une décision a nécessairement des répercussions ailleurs.
Sa proposition de faire créer 2 emplois sans charges par toutes les entreprises a tous les atours d’une solution simple, de bon sens au problème de l’emploi,
sauf qu’il vient d’expliquer, sur les heures supplémentaires, que l’exonération totale des charges de Nicolas Sarkozy n’était pas une bonne idée,
sauf que pour les très petites entreprises (dont l’immense majorité sans salariés) l’effet de seuil pour embaucher, en terme de chiffre d’affaires supplémentaire, est tout aussi fort avec ou sans charge,
sauf que pour les grandes entreprises cela ne sera qu’un effet d’aubaine comme la plupart de nos systèmes d’emplois aidés.
L’image de bon sens, de provincial loin du parisianisme, et la volonté de faire croire que le monde est simple, est peut-être ce qui m’irrite le plus d’ailleurs. Tout comme son slogan : moi je ne suis ni Sarko, ni Ségo.
- Le monde est tout sauf simple, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire;
- Il chiffre le coût de ses emplois aidés à 6 milliards … en disant qu’il ne sait pas combien d’emplois seront concernés;
- Il donne des leçons de chiffrage, insiste sur ses 20 milliards d’économie, en oubliant de préciser le détail de ceux-ci;
- Il se pose en victime des médias et je découvre dans le Parisien du 16 février qu’il est membre du comité France galop (22 membres) où se trouvent Arnaud Lagardère (Hachette, Europe 1, Paris Match, Journal du Dimanche), Edourd Rotschild (Libération), Michel Denisot (Canal +);
Il est comme Ségo et Sarko, un être humain politique, pas un elfe du Béarn.
Ce qui me frappe, c’est encore la grande Ségocompatibilité de ses propositions, alors que la Sarkocompatibilité me semble moins marquée.
Ceci est renforcé par l’hommage appuyé de François Bayrou à Jacques Delors lors de l’émission. Or qui était au côté de Jacques Delors lorsqu’il avait envisagé de se présenter en 1995 : François Hollande et Ségolène Royal …..
Si vous me suivez, j’en arrive à la conclusion que François Bayrou et Ségolène Royal pourraient être peu sur le même créneau…ben alors pourquoi Ségolène Royal :
1) Parce qu’elle a une réelle vision de et pour la société. Une société complexe dans laquelle le politique doit donner les moyens de créer du lien social, de permettre à chacun de s’épanouir. " Tout se tient " est sa phrase, cela peut sembler simple, c’est à mes yeux fondamental. Cela insiste sur le lien social, cela évite de faire croire que chaque problème à une seule solution simpliste.
La sécurité, ce n’est pas qu’un problème de policiers, c’est un problème d’école, de logement, de famille, de sport, de culture, d’associations et … de policiers
L’emploi, le développement ce n’est pas qu’un problème de charges sociales, c’est un problème d’innovation, d’enseignement, d’environnement, d’imposition, de création d’entreprise, de logement, de fierté sociale, de pouvoir d’achat.
Cela peut sembler évident mais ce n’est en aucun cas de cette manière qu’est faite la politique nationale aussi loin que je m’en souvienne.
2) " Désirs d’Avenir " : parce qu’un politique n’est pas là pour donner des solutions toutes faites mais pour donner confiance. A fréquenter des américains ou des scandinaves vous vous rendrez compte que leur force n’est peut-être pas leur " modèles sociaux " (très différents) mais leur optimisme, leur volonté de participer. Avancer dans la bonne humeur, malgré les aléas, c’est très Ségolène Royal.
3) Elle fait le choix de surinvestir dans le social, son côté gauche dispendieuse dira François Bayrou. Elle a fait le choix de considérer le déficit des finances publiques avec sérieux mais pas comme le cœur de sa pensée contrairement à François Bayrou.
Et c’est légitime et indispensable car nous vivons une période de transition, la transition de la Chine et de l’Inde, donc d’un coup d’un gros tiers de l’humanité, du sous-développement vers le développement. C’est une énorme vague qui perturbe toutes les analyses, qui n’a jamais été vécue. Face à cela, on peut choisir de se serrer la ceinture ou on peut se serrer les coudes et investir. Ségolène Royal me semble faire le second choix, le bon.
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