Dépenser ou investir: se méfier des idées simples
Tiens, je vais écrire un article un peu pénible aujourd'hui (qui a dit comme d'habitude):Nous voici donc en présence de projets économiques plus clairs.
Pour simplifier
- A l'extrême droite, un projet ultra-libéral (suppression de l'impôt sur le revenu qui élimine le principal outil de redistribution des plus riches vers les plus pauvres), corrigé par un protectionnisme totalement incompatible avec notre totale dépendance vis-à-vis des matières premières (il va sans dire qu'en creusant ce projet économique, on constatera que les principales victimes en seront pour une grande part ses futurs électeurs)
- A droite, un projet ultra-libéral qui souhaite, par des allègements de charges et d'impôts, susciter des réussites individuelles qui tireront l'ensemble de la société...malheureusement, mon doute est immense lorsque l'on constate que les entreprises donnent la priorité à des investissements dans des pays en forte croissance, et que nous sommes en concurrence avec des Pays ou l'investissement étatique est fort (rentes pétrolières, Chine, Singapour...)
- Au centre, un projet libéral (plus que je ne le pensais finalement, avec bon nombre d'allègements de charges et d'impôts) qui souffre des mêmes défauts que le précédent, mais qui en plus se met sur le dos une contrainte budgétaire forte (autant de dépenses que d'économies, obligation de voter un budget en équilibre), digne des efforts demandés pour respecter les mystérieux critères de Maastricht. Je reviendrais plus loin sur ce point.
- A Gauche, un projet keynésien, volontariste, étatiste (vous choisissez le terme qui vous convient) qui part du principe que l'accroissement des solidarités (pour redonner confiance), la hausse du pouvoir d'achat et des investissements permettront de doper l'économie.
(- Pour la gauche de la gauche, j'avoue honteusement ne pas trouver une définition commune: par avance merci à Tof de m'aider)
Une critique adressée par François Bayrou à Nicolas Sarkozy et à Ségolène Royal est le caractère dépensier de leur programme.
Son raisonnement est: il faut maitriser, contraindre les dépenses au niveau des recettes, priorité aux investissements (des choses qui durent: bâtiments, usines, routes...), par rapport aux dépenses (des choses dépensées dans l'année: salaires, ...).
Je trouve déjà que les investissements sont peu nombreux dans le programme de François Bayrou, c'est un choix de prudence respectable, mais critiquable (d'autres pays ne nous attendrons pas et ne nous attendent déjà pas pour investir).
Cependant le point qui me tracasse est le suivant: si nous entrons dans une économie de la connaissance et de l'immatériel (logiciels, recherche-développment, internet, musique, jeux, images ...) à quoi ressemblent et ressembleront les investissements les plus importants?
A des cerveaux bien faits, et donc longuement formés et créatifs (selon une étude anglaise seules 16% des idées nouvelles naissent au bureau ... autant qu'aux toilettes... vive la RTT!) ... ces investissements sont donc des dépenses: les salaires des enseignants, des chercheurs; les revenus des créateurs (d'entreprise ou d'oeuvres) qui ne rapportent encore rien....
Méfions nous des idées simples, le futur est à la Connaissance, à l'Immatériel et nous commençons à prendre du retard.
Pour une grande partie nos investissements seront immatériels, ce seront des dépenses si on parle en terme d'orthodoxie financière. Mais ces dépenses sont indispensables pour créer les richesses de demain.
Si vous analysez bien le pacte présidentiel de Ségolène Royal 40% des "dépenses" sont en fait des investissements (Education, Recherche,...): voir mon article en cliquant ici.
Les 60% qui restent permettent de renouer le lien social et d'augmenter le pouvoir d'achat: travailler ensemble et se sentir libre de créer sans avoir à ne penser qu'à boucler ses fins de mois, sont aussi deux points clefs pour une véritable société de la connaissance, de l'intelligence.
A noter que le débat vaudra au niveau de notre ville de Metz et son agglomération....
Si vous voulez réfléchir aux problématiques de déficit budgétaire:
- un point d'Alternatives Economiques soulignant qu'il ne faut en effet pas laisser la dette devenir incontrôlable, mais que le poids de la dette peut baisser même avec un déficit primaire (celui que veut s'interdire le président de l'UDF): c'est ici
- un point de vue des syndicats de l'INSEE pour relativiser le poids de la dette: c'est ici
Publicité