"L'avenir du Nucléaire en France: que décider?"
Un débat d'importance dans le cadre de cette élection présidentielle: celui de l'énergie. Ceci touche à l'environnement, au pouvoir d'achat (à travers le poids des factures de chauffage) et à la politique internationale (dépendance vis-à-vis des pays producteurs).Saluons donc le débat organisé par Attac:
Attac organise sur cette question un débat où se rencontreront l'ancien
Directeur Gaz Electricité Charbon de Total, M.Bauquis, et le Vice
président du groupe des Verts au Parlement européen, M.Turmes.
jeudi 26 avril à 20 heures, amphithéâtre Demange de l'Université de Metz,
île du Saulcy.
(Pour mémoire, cliquez ici pour avoir les propositions du pacte présidentiel de Ségolène Royal sur l'environnement et l'énergie)
Vous trouverez ci-dessous la position des deux personnalités:
La position de Claude Turmes:
Il est depuis 1999 député au groupe des Verts/ALE au Parlement européen. Il en assure la vice-présidence depuis 2002, et a également en charge la coordination de la politique énergétique du groupe.
Dans le cadre de ses activités, il a été rapporteur sur la 2ème directive sur la libéralisation du marché de l'énergie. Il a également lancé le concept de "Energy Intelligent Europe", prévoyant la promotion des initiatives européennes dans le domaine de l'efficacité énergétique, ainsi que l'instauration d'une agence européenne pour l'efficacité énergétique.
Sa position :
« La part du nucléaire dans la production énergétique est systématiquement surévaluée au sein des débats sur l'énergie. L'énergie nucléaire ne représente que 2% de l'énergie finale mondiale et 6% de l'énergie finale dans l'Europe des 27. Même un pays hyper nucléarisé comme la France n'obtient que 17% de son énergie utilisable à partir de son énorme parc nucléaire.
Faire croire aux politiques, aux médias et au grand public que le nucléaire joue un grand rôle dans les solutions énergétiques du XXIème siècle, c'est ignorer qu'une telle stratégie énergétique se trouverait confrontée à de graves problèmes.
Trois arguments principaux rendent cette technologie indéfendable :
1- Il existe un grand danger de prolifération des matières et des armes nucléaires en raison de l'impossibilité de séparer l'utilisation de la technologie dans les domaines civil et militaire.
2- On ne peut écarter le risque de catastrophe nucléaire comme l'accident évité de justesse à Forsmark en Suède au cours de l'été 2006.
3- Enfin, la problématique de l'élimination des déchets n’est toujours pas résolue.
Par ailleurs, la dépendance vis-à-vis des pays détenteurs d'uranium (98% des réserves mondiales d’uranium se trouvent hors de l'UE), les coûts environnementaux et sociétaux liés à l'énergie nucléaire ainsi que le long délai de construction et de démarrage des centrales (une vingtaine d'années, à supposer qu'un programme d'envergure soit lancé et que d'importantes aides d'Etat soient accordées) excluent l'utilisation du nucléaire.
Le nucléaire reste donc un obstacle majeur pour la mise en place d'une politique énergétique respectueuse de l'environnement et du climat. Il faut progressivement le supprimer par la révision du Traité Euratom afin de mettre un terme aux avantages illégitimes de l'énergie nucléaire dans l'UE, au vu des subsides qu’elle reçoit pour la recherche, le démantèlement des réacteurs, le traitement des déchets et la couverture du risque. Il faut concentrer les ressources politiques et financières sur les vraies solutions. Les Verts au Parlement européen et en France ont développé des "scénarios énergétiques" avec une série de mesures concrètes pour sortir l'Europe de la crise énergétique.
La solution réside dans l'amélioration drastique de l'efficacité énergétique (bâtiments, appareils,...), dans le développement massif des énergies renouvelables et le soutien aux transports durables. »
La position de Pierre-René Bauquis:
Pierre René BAUQUIS
66 ans, diplômé de L’Ecole de Géologie de Nancy et de l’Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs.
Après cinq années à l’Institut français du Pétrole, il a travaillé 30 ans dans le groupe TOTAL. D’abord en poste une douzaine d’années à Abou Dhabi, en Tanzanie et en Indonésie, il a successivement été Directeur Mer du Nord, Directeur Stratégie et planification du groupe, Directeur Gaz-Electricite-Charbon. De 1995 à 2001, il a été conseiller auprès du président ThierryDesmarest.
Depuis, il enseigne dans de grandes écoles et universités en France et à l’étranger (Russie, USA,Chine,Iran,Algérie,Indonésie).Il a publié en 2005 un livre sur l'industrie du pétrole et du gaz, et début 2007 un livre sur l'industrie nucléaire.
Sa position :
« Notre avenir va être fortement affecté par la raréfaction du pétrole (pic mondial vers 2020), celle du gaz naturel (pic mondial vers 2030) et par le problème majeur des changements climatiques.
Face à ces bouleversements, il va falloir consommer moins et mieux .Pour les pays riches
cela signifiera la division par 4 d'ici 2050 de nos émissions de CO2. Pour la planète, cela signifiera un freinage considérable de la croissance des consommations d'énergie.
Pour limiter les dérèglements climatiques et les désastres écologiques ( il est trop tard pour les éviter..), il va nous falloir des programmes très contraignants d'économies d'énergies, de développement massif des énergies renouvelables, mais aussi un développement massif du nucléaire . A la fin du XXIème siècle, plus de 50% de l’énergie consommée dans le monde sera d’origine nucléaire. Il est donc urgent d’améliorer l’ensemble du cycle nucléaire pour le rendre encore plus sûr et durable, grâce aux surgénérateurs de la génération 4. En attendant, d’ici 2040/2050, nous n’avons pas d’autre choix que de construire un grand nombre de réacteurs de génération 3 (EPR ou équivalents).
L’option nucléaire, désormais inévitable, est au coeur de l'écologie du futur : ceci a été compris par certains pères fondateurs de l'écologie, mais est encore refusé par les mouvements politiques se réclamant de l'écologie.
Seule une analyse rigoureuse et chiffrée pourra faire progresser ce débat essentiel pour notre avenir et celui de nos enfants. »
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